Tribune signée par Frédéric Valletoux, Président de la FHF, dans le Quotidien régional Ouest France du 28 janvier 2020

“Treize organisations de personnels hospitaliers médicaux et non médicaux appellent à une nouvelle journée de grève et de mobilisation pour le 14 février. Certes, le gouvernement a annoncé en novembre un plan d’urgence. Et après ?

Les praticiens le savent mieux que quiconque : stopper l’hémorragie ne suffit pas à guérir le patient. Alors que jamais le système de santé n’a été autant fragilisé, que ce soit à l’hôpital ou en ville, c’est d’une véritable refondation dont il a besoin. Pas d’un simple colmatage. Et, n’en déplaise aux pouvoirs publics, la valse des plans (« plan pour l’accès aux soins », « pacte de refondation des urgences », « plan d’urgence », etc.) et des rapports (Libault puis El Khomri sur le grand âge, Aubert sur le financement, Carli-Mesnier sur les urgences etc.) ne fait pas un projet sur le long terme pour le système de santé.

Cette refondation passe par la confiance. Celle des Français – qui placent, à l’issue du Grand débat national et, sondages après sondages, l’accès aux soins comme une priorité majeure – comme celle des professionnels – qui sont profondément attachés aux valeurs du système de santé, notre bien commun.

Sortir de l’« entre-soi »

Nous devons sortir de l’« entre-soi » des experts et élever le débat au plus haut niveau pour aller au-delà des simples mesures de court terme qui n’emportent jamais l’adhésion complète de l’opinion publique ou des acteurs du secteur qui n’en perçoivent plus les bénéfices potentiels.

Seule la mise en place rapide d’une Conférence nationale de consensus sur l’avenir du système de santé sera à même de faire émerger des solutions de fond.

Le président de la République a voulu que l’Acte II de son quinquennat soit celui du dialogue citoyen. Soit ! Ouvrons le débat sur la santé au plus grand nombre. Que soit organisée, sur le modèle de la Convention citoyenne pour le climat, une conférence nationale de consensus pour bâtir ensemble l’avenir de notre système de santé.

Non pas un Grenelle de la santé, des États Généraux ou même un dérivé de la conférence nationale de santé existante mais bien un débat participatif rassemblant experts (sociologues, économistes…), élus (nationaux et locaux), professionnels (de santé et du médico-social, de l’hôpital comme de la ville) mais aussi et surtout les Français, qui pourraient être tirés au sort.

Non pas pour dresser des diagnostics et des constats – ils sont dans les pléthores de rapports, de missions, de plans – mais pour faire mûrir une réflexion collective de la société française et construire des solutions à partir de questions majeures.

Comment mieux assurer l’accès aux soins des Français ? Quels moyens financiers notre société est-elle prête à consacrer à son système de santé ? Quelle organisation pour le système de santé, aujourd’hui complexe en termes de gouvernance et de pilotage ? Quelles mesures pour l’autonomie et le grand âge, alors que les grandes réformes sont promises depuis au moins… 2008 ? Quelle répartition des tâches entre les professionnels de santé et quelles mesures en termes d’attractivité des métiers ?

C’est à ces questions essentielles, des questions de fond et de société, que nous devons répondre collectivement.

Les chantiers à mener sont légion et la parole la plus légitime sur le sujet est celle des premiers concernés, les Français.

Il est grand temps que nous les entendions.”

https://amp.ouest-france.fr/reflexion/point-de-vue/tribune-sante-ecoutons-ce-que-les-francais-ont-dire-6710256